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16 juillet 2026 4 16 /07 /juillet /2026 15:06

 Mark Turner (saxophone ténor), Joe Martin (contrebasse), Marcus Gilmore (batterie)

Brooklyn, 23-24 mars 2025

Giant Step Arts GSA 20

https://joemartin3.bandcamp.com/album/the-phoenix-trio-tomorrow-is-today

Enregistré à l’Ornithology Jazz Club , une musique exigeante écrite et jouée par trois orfèvres. Le choix de la formule du trio repose sur le degré d’excellence qu’impose cette instrumentation qui privilégie la densité du propos, l’intensité de l’échange, et ne laisse aucune place aux automatismes des mains ou de la pensée. Ici s’écouter pour agir, avant d’agir, et aussi agir pour stimuler l’écoute des partenaires, voilà qui fonde la réussite de l’entreprise. Et elle est au rendez-vous. C’est tendu, mais fluide, pas dénué de complexité et pourtant offert à l’immédiateté de la sensation et du plaisir. Quatre compositions du bassiste, une du saxophoniste, et une autre du batteur : autant de défis à la faculté de ‘faire musique ensemble’. Leur complicité établie par de nombreuses rencontres leur en offre le loisir, et ils savent capter notre attention, nous laissant sans cesse dans l’attente de la résolution d’un mystère qui se joue pour qui écoute. Avec toujours ce qui se passe, dans cette musique, dans les infinis combinaisons (un jeu incessant) du côté des rythmes et de leurs mystères. Un symbole de ce que le jazz peut encore nous réserver d’inouï, d’imprévu, et de totalement dépaysant, même si nous sommes des jazzophiles aguerris. Du très Grand Art !

Xavier Prévost 

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4 juillet 2026 6 04 /07 /juillet /2026 19:18
Orchestre National de Jazz

 

ONJ With Carla

 

Label ONJ Records /L’Autre Distribution

accueil | ONJ

 

With Carla est le programme du nouvel ONJ de la flûtiste Sylvaine Hélary qui rend hommage à une grande dame du jazz, la pianiste, cheffe d’orchestre et compositrice Carla Bley ( 1936-2023). Cette autodidacte audacieuse de l’avant-garde new-yorkaise s’aventura aussi bien dans le free que le cabaret à la Kurt Weill, les airs de fanfare ou de cirque. Son grand oeuvre fut sans conteste Escalator Over The Hill un opéra flamboyant de 1971 mêlant jazz, rock autour du Canadien dadaïste Paul Haines.

On a compté en effet douze directeurs depuis François Jeanneau qui ouvrit le bal en 1986, plus de 1200 concerts en France et à l’international. Mais il aura fallu attendre quarante ans pour qu’une femme parvienne à ce poste. La joueuse de toutes les flûtes (ut, alto, basse et piccolo) à la solide formation classique a enchaîné diverses expériences du solo Friselis, au nonette de L’Orchestre incandescent sans oublier la chanson avec Dominique A). Elle peut entraîner dix-sept instrumentistes dont 8 femmes (parité respectée) dans un collectifévoluent librement des jeunes talents (des filles surtout), des moins jeunes aussi que l’on retrouve avec plaisir, prêts à servir cette musique intelligente et complexe, drôle et audacieuse. 

Sylvaine Hélary a cependant confié le rôle essentiel des arrangements à Rémi Sciuto, saxophoniste altiste et baryton, clarinettiste et même joueur de scie musicale à l’occasion («Musique mécanique »). Il parvient à s’intégrer dans l’univers fantasque et poétique de Carla et en renouvelle quelque peu l’écriture, dans des variations bien comprises avec trois pièces de son cru.

Un programme ébouriffant de douze pièces longuement développées sur un double CD enregistrées pour la plupart en live en novembre dernier au Théâtre de Cornouaille (Scène nationale de Quimper) et pour deux pièces du CD1 à l’auditorium-Opéra de Dijon.

Et ça démarre fort dès le premier titre déjanté et inquiétant « Musique mécanique » quasi cinématographique, d’ailleurs repris par Claude Miller dans la bande originale de Mortelle Randonnée en 1983.L’acme du premier CD est assurément cette ballade de 1981 (in Social Studies) au titre norvégien mystérieux et imprononçable amorcée par un solo magistral à l’alto de Sciuto « Utvitklingssang » (une musique conçue à l’origine pour une manif en faveur de l’écologie !) qui pourrait bien se révéler un tube, tant elle est entêtante. « Ups and Downs » contraste dans un style alerte suivant les montagnes russes du titre. On aime aussi le swingant «Ups» aux solos ajustés au ténor de Hugues Mayot et Quentin Ghomari à la trompette. Surviennent habilement des cordes dans la compo qui suit de Sciuto (« ...And ups again » ) qui continue, développe tout en se démarquant, adepte des césures, pour casser la mélodie et la faire s’échapper ailleurs avec l’orgue Hammond d’Antonin Rayon. Des curiosités encore comme cette suite de trois titres éminemment religieux-on se croirait à l’église un temps avec l’orgue qui résonne solennellement) issus de The Carla Bley Big Band goes to church. 

Les vents et les cuivres sont éclatants de vitalité avec des soli puissants tous féminins de Jessica Simon (trombone), de Fanny Meteier ( tuba ) sur un autre titre qui déménage « Wrong Key Donkey »sur le dernier CD. Ou encore celui à l’alto d’une Léa Ciechelski .

Mais dans cette formation soudée chacun fait sa part, la section rythmique assure avec vaillance. Avec un tuilage de textures et d’alliages inusités de timbres, une exploration de la dynamique interne vraiment élaborée, les compositions sont architecturées finement dans un sens collectif de la pulsation.

Voilà une musique pleine de fraîcheur qui donne un vif plaisir d’écoute avec des talents singuliers qui s’épanouissent collectivement. C’est l’esprit même d’un jazz actuel dans une expression des plus abouties. Un double album enthousiasmant qui devrait faire date !

 

Sophie Chambon

 

 Sylvaine Hélary (flûte traversière, arrangements), Rémi Sciuto ( saxophones alto et baryton, clarinette, arrangements, composition), Léa Ciechelski (saxophone alto, flûte traversière), Hugues Mayot ( saxophone ténor, clarinette basse), Sylvain Bardiau (trompette), Quentin Ghomari ( trompette, bugle), Jessica Simon ( trombone), Mathilde Fèvre (cor), Fanny Meteier (tuba), Anne Le Pape (violon), Elsa Moatti (violon), Guillaume Roy (alto, voix), Juliette Serrad (violoncelle, voix), Antonin Rayon ( piano, orgue Hammond), Illya Amar ( vibraphone, percussions), Sébastien Boisseau (contrebasse), Franck Vaillant (batterie).


  

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19 juin 2026 5 19 /06 /juin /2026 09:09

 

Claudia Solal (voix, textes), Benoît Delbecq (piano, piano préparé, voix)

Paris, 25 juin & 28 octobre 2024

dStream 112 / l’autre distribution

 

Six ans après l’enregistrement de ‘Hopetown’ (label Rogue Art), le duo renouait avec cet art très singulier où le texte croise la musique. Huit textes de Claudia, et un de Benoît, où l’on entend brièvement la voix du pianiste. Les mots sont dans le chant, mais aussi en une sorte de parlé-chanté qui va de métamorphose en métamorphose vers un lieu d’inouï que l’on pourrait qualifier plus simplement d’art sonore. Textes en anglais (avec parfois des incises en français), qui dessinent un imaginaire singulier, lequel nous fait quitter nos bases (références de ‘style’, d’idiome….) pour une sorte d’ailleurs, mouvement irrépressible vers l’inconnu. La vocaliste-poétesse est plus qu’en dialogue avec le pianiste. Piano ‘naturel’ ou sons altérés, intervalles familiers ou distendus, harmonies repérées ou combinaisons sonores inédites : tout concourt à transporter qui écoute vers un lieu inexploré. L’hermétique poème d’amour, poème bilingue, qui donne à l’album son titre, dresse le décor : tout semble en perpétuel suspens, dans ce mouvement dual gouverné par la liberté d’inventer, de bifurquer, d’improviser, en une sorte de lévitation musicale et poétique. Plus qu’un dialogue : une véritable connivence osmotique. Une fois encore ce duo semble franchir la balustrade du possible ; une fois encore, un Grand Art accompli.

Xavier Prévost

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Un bref avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=-qIXm7fTCFQ

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15 juin 2026 1 15 /06 /juin /2026 18:39

 

J’écoute ce contrebassiste depuis plus de 30 ans, et ce saxophoniste depuis une bonne vingtaine d’années : l’un et l’autre m’ont frappé, dès l’abord, par leur absolue singularité. Singularité instrumentale en premier lieu, car s’ils sont tous deux au-delà de l’excellence, leur souci s’impose comme purement musical. Singularité d’improvisateurs aussi, car ils se défient des normes idiomatiques, des terrains trop balisés, des codes trop contraignants. Cinq compositions du contrebassiste, et deux du saxophoniste, comme autant d’échappées hors des sentiers battus et rebattus. S’ils ont des tropismes liés à leurs origines (l’Arménie, le Vietnam), ils ont aussi des terrains d’élection : la musique indienne - et le jazz bien sûr - pour Vincent Lê Quang, les ensembles de tous formats, et les collaborations de toutes parts, pour Claude Tchamitchian. Ils se retrouvent ici dans l’absolu dépouillement du son, qui devient la source impériale de la musicalité. De ces sonorités vives, captées au plus intime de leurs timbres, de leur grain, de leurs nuances, ils composent un paysage inédit, où la mémoire croise le goût de l’aventure. Un paysage qui brosse pour nous une possible image de la beauté. Magnifique duo !

Xavier Prévost

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Leur duo sera en concert le 17 juin 2026 à Paris, au studio de l’Ermitage. Concert à double affiche puisqu’on y écoutera aussi le duo de Christophe Monniot & Didier Ithursarry, qui publie sous le même label son troisième opus commun, intitulé ‘Hymnes à l’amour <3’

CLAUDE TCHAMITCHIAN – VINCENT LÊ QUANG  ‘Silent Springs’
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15 juin 2026 1 15 /06 /juin /2026 08:31
Frank The Sinatra

 

 

Frank The Sinatra

Sortie le 12 juin

La Ruche le label

www.laruchelelabel.com

 

Frank The Sinatra - Estate (Visualizer)

 

 

Pas sûr que les amateurs de Franck Sinatra s’y retrouvent dans cette relecture de thèmes immortalisés par le chanteur à la voix de velours.

Et lui même qu’en dirait-il ?

Il est certain que cet album est une véritable surprise. Peut être parce que l’on n’est pas habitué à écouter ce genre de musiques ailleurs que sur un dance floor. Mais cette boîte de nuit n’est-elle pas irréelle et plus au goût du jour, à l’heure du monde de l’I.A générative ? Just an illusion alors...

Ce qui est troublant c’est qu’avec de réels moyens techniques, des sons machiniques, le répertoire soit aussi « daté ». Carles tubes de Sinatra, pas sûr que les boomers les écoutent encore.  Les arrangements eux même ne paraissent pas des plus pointus, faisant appel au matériel vintage des vieux synthés analogiques qui créent un mood singulier et vaguement familier... Mais le duo FTS aux manettes de cette création d’un « crooner bionique » est vraiment fan de Sinatra et tente de se le réapproprier à sa manière. L’ingénieur du son Thomas Chignier (voix, batterie) et Noé Macary (voix, synthétiseurs analogiques) sont de vieux compères qui se sont rencontrés à l’ENM de Villeurbanne et ils proposent une balade hypnotique sur la durée des neuf tubes assez courts qui s’enchaînent.

 Bien que désorientés, on reconnaît pourtant très vite le standard de Broadway choisi mais rien ne fait souvenir de la voix de Sinatra, de son phrasé impeccable, ni des arrangements chics de Nelson Riddle  ou Billy Mays : par exemple  la reprise d' «Estate» évoque davantage la variété italienne

Par contre ce qui vaut la peine d’être expliqué et que l’on comprend grâce aux liner notes c’est le processus créatif du duo qui se transplante dans un futur dystopique de "replicants" où la musique n’est plus qu’artificielle. Ils cherchent à placer leurs voix sur les paroles et fredons d’origine qui « collent » le mieux à leurs arrangements et mélodies enregistrés au préalable. D’où cette étrange familiarité qui nous fait identifier la chanson immédiatement malgré les décalages et dissonances.

Un pas de côté qui résonne, balance, chaloupe, tangue.

A écouter pour se faire une idée !

 

Sophie Chambon

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10 juin 2026 3 10 /06 /juin /2026 08:53
Franck Tortiller Misja Fitzgerald Michel      The Open Chords of David Crosby

 

Franck Tortiller Misja Fitzgerald Michel

The Open Chords of David Crosby

 

Franck Tortiller vibraphone

Misja Fitzgerald Michel guitare acoustique (6 et 12 cordes)

 

Label MCO/ Socadisc

MCO

Franck Tortiller | ONJ

Franck tortiller, vibraphoniste, auteur et compositeur de jazz

 

Ancien du Vienna Art Orchestra, chef d’orchestre remarqué de l’ONJ en 2005, le vibraphoniste Franck Tortiller aime franchir les ponts entre toutes les musiques, pop, rock, jazz, rhythm and blues. Cet éclectisme est tout à son honneur et on aime le suivre quand il se réapproprie les mélodies folk et pop des seventies qui ont jalonné aussi notre vie musicale. On se souvient de son Close to Heaven enregistré avec l’Orchestre National de Jazz, hommage au flamboyant Led Zep dont la musique était un alliage absolu de blues irrigué de sauvages envolées free sonnantes. A cause de « Stairway To Heaven » ou du son inouï de batterie de John Bonham, de son jeu de cymbales?

Cette fois Franck Tortiller s’est transporté sur les pentes du Laurel Canyon, ce paradis californien pour les hippies et "protest song" writers de la fin des sixties. Et il privilégie une échappée du côté des compositions ouvertes de David Crosby aux racines folk, bluegrass, country, rockabilly, aux inspirations indiennes puisées chez Ravi Shankar. Croz a écouté Coltrane, Miles, Charles Lloyd et juste retour des choses, Miles reprendra au moment de Bitches Brew le “Guinevere” de Crosby que l’on entend à Woodstock avec d’autres titres phare dont “Suite Judy’s Blue eyes”, “Wooden Ships”.

Le partenaire idéal pour ce genre d’exercice était le guitariste irrésistible et pourtant trop méconnu Misja Fitzgerald Michel. Ainsi après Les heures propices le vibraphoniste sort un nouveau disque en duo avec le guitariste sur le label MCO  The Open Chords of David Crosby. Les deux musiciens partagent le goût de ces mélodies finement troussées, une même virtuosité discrète, chacun assumant sa part dans une écoute mutuelle. 

On rappellera que le jazz n’est pas lié à un matériau spécifique, mais qu’il réside surtout dans la manière de jouer. Démonstration réussie cette fois encore avec un son travaillé, « simplement » naturel. Et pourtant quel défi de s’attaquer au groupe mythique Crosby Stills Nash qui a marié la pop mélodique des Beatles aux racines folk avec toutes les réussites : instinct mélodique, acrobaties vocales, harmonies sophistiquées, guitares virtuoses. “Our Home”, “Carry On”, “Long Time Gone”, “Chicago”, “Déjà Vu”, “Teach your Children” … les tubes sont nombreux et leur succès fut planétaire. Misja Fitzgerald Michel, expert lui aussi en décloisonnement, célèbre la guitare plurielle sur ses guitares folk à six et douze cordes. Ce n’est pas chose aisée quand on s’inspire de tels « guitar heroes » tous de style différent, l’audacieux folkeux David Crosby souvent incontrôlable,  l’ombrageux mais génial Stephen Stills, perfectionniste des guitares, Graham Nash le talentueux pop songwriter anglais auxquels se rajouta vite (dès le deuxième album Déjà Vu ) Neil Young the Loner assez indépendant pour ne tenir que par une éperluette au nom du groupe Crosby Stills Nash & Young

Comme dans tout travail d’adaptation, le duo en revient à l’original, non pas tant pour en mesurer les écarts mais pour en savourer les variations, qui, pour être fidèles à l’esprit initial, ont l’élégance des transformations propres au jazz.

Pourtant il est difficile de faire mieux que les harmonies si subtiles des thèmes d’origine : les chemins qui bifurquent du duo les emmènent parfois assez loin de « Tracks In The Dust » ou «  Déjà Vu ». L'incroyable « Guinnevere » du premier disque de CSN, respecte la douceur élégiaque du tube entonné à la nuit tombée à Woodstock en 1969 avant la suite fragmentée de Stills, « Judy Blue Eyes » que l’on ne reconnaît que dans la toute dernière partie, ritournelle ressassée mais inoubliable.

Misja Fitzgerald Michel est aussi d’une belle « versatilité » (au sens anglo-saxon) et pratique avec aisance un grand écart des formes. Tout réside souvent dans des changements d’accords, de tons, avec des phrases complexes, de longs développements quand il chorusse.

Avec Franck Tortiller, il connaissent et aiment les « chansons » du groupe et particulièrement celles de Crosby- même plus récentes comme "Somebody Other than You", et nous les font découvrir autrement. Il est plutôt osé de reprendre à deux les compositions d’un groupe qui joua la carte de la tendre harmonie vocale. Le vibraphoniste a fait un travail remarquablement affûté sur les arrangements et harmonisations. Il privilégie une recherche constante de dynamiques, adaptant les couleurs et timbres de la guitare et du vibraphone, un alliage inusité, fusion des cordes et du métal teintée d’un éclat particulier. Même sur CD, on devine le ballet fluide et époustouflant des mailloches sur les lames. A ses côtés, flegmatique, le guitariste joue rythmique avec le plus grand sérieux quand il faut soutenir les envolées rebondissantes de son partenaire mais sait aussi changer de rôle et mener la danse dans de longues échappées.

L’esprit de ses musiques est conservé mais transposé et le duo parvient à unifier l’ensemble (deux compositions de Tortiller « Look in the Spark » et le final « She Says » parfaitement intégrées ) et à le jazzifier. Un répertoire poétique redevenu original en quelque sorte, une forme de résistance à l’air du temps qui réveille une douce nostalgie. On en sort rasséréné.

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 juin 2026 5 05 /06 /juin /2026 14:48
Vincent Bourgeyx       Life Letters

 

Vincent Bourgeyx Life Letters

Fresh Sound Records/ Socadisc 

Présentation - Vincent Bourgeyx

Sortie le 5 juin 

Concert de sortie de l'album au Festival de jazz de Malte le 7 juillet

 

Ce Life Letters est le septième album sous son nom de Vincent Bourgeyx sur le label Fresh Sound, composé de douze titres d’une durée sensiblement égale. Dix sont d'une plume lumineuse dans la forme royale du jazz, le trio piano-basse-batterie.

L’attaque est précise, affirmée dès le solo du batteur sur l’ouverture « Stuck in blues » qui annonce la couleur, impulsant une énergie collective qui ne se démentira pas. L’enregistrement impeccable souligne l’esprit d’un jazz de chambre, acoustique, plutôt vif, qui ne laisse guère place au silence. Mais la palette du pianiste sait nous réserver des surprises. On attend la ballade et elle vient vite, énonçée finement dans ces « Life Letters ». On le découvre aussi plus évasif, voire méditatif, dans « You Little Me ».

Il demeure dans le piano de Vincent Bourgeyx quelque chose de classique dans la connaissance des standards et des styles, comme c'était déjà le cas dans son premier opus Introduction qui me le fit connaître. Comme beaucoup de musiciens de sa génération, le musicien bordelais est ensuite parti faire ses classes à la Berklee School puis a appris le métier à New York. Ce qui laisse des traces, des souvenirs et des amitiés certaines. Aussi ne sera-t-on pas surpris qu'il se soit souvent entouré d’une rythmique américaine. Et pour cet album, elle est superlative, le contrebassiste Daryll Hall, subtil et d’une solidité à toute épreuve et le batteur Gregory Hutchinson au soutien plus que rebondissant. L’interaction avec ses deux complices est particulièrement tonique dans ce « Flash Pocket » urbain et funky.

 Vincent Bourgeyx révèle un véritable talent d’accompagnateur aux capacités inventives, au lyrisme sans emphase qu’on aurait tendance à préférer à certaines échappées solitaires. Car plus mélodiste que percussif, le pianiste s’abandonne volontiers à des valeurs refuge, cherchant à développer une relation plus intime avec le public, romantique dans ce "Romance"  à  la contrebasse élégante et fluide, émouvant quand il se laisse emporter par une abondance de notes dans le bien nommé « Hopeless Romantic ».

Equilibré est le montage de l’album, variant les climats, tout en demeurant d’une cohérence sereine. Vincent Bourgeyx s’inscrit résolument dans une certaine lignée de jazz, d’un "beau" piano avec des partenaires qui le ramènent vers un groove plus affirmé. Et on se réjouit de l’entendre dans deux reprises de standards qui terminent l’album en beauté : après un swingant « Let’s Play One » du trompettiste Thad Jones, le pianiste poursuit, galvanisé par une basse étincelante avec une de ses compositions l'envoûtant  « Duke » qui annonce brillamment le thème nostalgique de Billy Strayhorn « A Flower Is A Lovesome Thing ». Voilà une authentique déclaration d’amour à une écriture si parfaite que son mystère, soulignait Bill Frisell, nous laisse toujours interdit.

Le charme discret de cet album intemporel et vibrant s’impose vite et persiste jusque dans les trois derniers morceaux que l’on écouterait volontiers en boucle. On aura(it) grand plaisir à aller écouter ce trio en live évidemment, en club, tant ils traduisent l’essence même d’un jazz insurpassable.

 

Sophie Chambon

 

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5 juin 2026 5 05 /06 /juin /2026 13:50

Stéphane Belmondo (trompette, bugle),
Dado Moroni (piano).
Jazz en Tête Festival, Clermont-Ferrand, 23 octobre 2025.
Space Time Records / Socadisc.
Paru le 29 mai.


      Stéphane Belmondo affectionne le duo avec piano. Sans prétendre à l’exhaustivité, on se souvient en particulier d’un enregistrement il y a dix ans exactement avec Jacky Terrasson (Mother. Impulse/Universal). Le trompettiste et bugliste apprécie cette intimité qui tend à l’expression la plus pure, l’épure en quelque sorte, de la communion artistique.

     Dans la rencontre ici proposée, Il retrouve en Dado Moroni un partenaire méditerranéen comme lui (l’un de Hyères dans le Var, l’autre de Gênes), de sa génération (celle des années 60), et qui partage son penchant pour le duo avec trompette/bugle.


       Le pianiste italien s’était ainsi livré à cet exercice de haute volée avec Tom Harrell en 2007 (Humanity. Abeat). Il ne l’a pas oublié. Une composition du trompettiste américain, ‘’Sail Away’’ figure parmi les huit titres enregistrés à l’automne 2025 lors du festival Jazz en Tête de Clermont-Ferrand.
 


       Inspirés, tutoyant les sommets de l’émotion, Stéphane Belmondo et Dado Moroni s’en donnent à cœur joie. Le répertoire s’y prête, offrant une diversité apte à séduire les amateurs de tous bords : des standards (‘How Deep is the Ocean’, d’Irving Berlin, ‘Here’s That Rainy Day’ de Jimmy Van Heusen), un titre de Monk (‘Let’s Cool One’), des compositions de trompettistes (‘Up Jumped Spring’ de Freddie Hubbard, Joey Smile de Stéphane Belmondo et bien sûr ‘Sail Away’ de Tom Harrell) et des chansons populaires françaises devenues des tubes internationaux ( ‘La Belle vie’ de Sacha Distel, ‘Et maintenant’ de Gilbert Bécaud).  

      L’espace d’une petite heure (59 minutes 58 secondes), nos deux complices nous offrent un exemple de ce que le jazz saisi en direct peut apporter d’enchantement, de spontanéité ... Un régal tout simplement.

 

Jean-Louis Lemarchand.
   

 

 

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14 mai 2026 4 14 /05 /mai /2026 08:28

Fred Pasqua (batterie, voix), Nelson Veras (guitare), Yoni Zelnik (contrebasse), Laurent Coq (piano), Marie-Hélène Beignet (voix)

Pompignan, 16-18 juillet 2024

Hanji HJLP003 (vinyle) & numérique / Inouïe Distribution

 

Un nouveau disque du batteur, avec de nouveaux partenaires, exceptés le guitariste et le bassiste. Avec ce trio d’orfèvres, et pour 5 plages, le pianiste Laurent Coq ; et pour deux titres la chanteuse lyrique Marie-Hélène Beignet. Des compositions du batteur, mais aussi un thème d’un comparse du disque précédent, le trompettiste Yoann Loustalot (extrait d’un disque du quartette ‘Aérophone’, dont Fred Pasqua est le batteur), un autre de Mark Turner, ou encore de Milton Nascimento, et un pas de côté (du côté de Ravel) avec Trois beaux oiseaux du paradis , précédé d’une intro très libre. Très belle unité esthétique, défendue par une belle brochette d’artistes qui sont toujours au plus près du cœur de la musique. Des thèmes sinueux, mais qui vont toujours quelque part (et même là où on ne les attend pas forcément). De plage en plage, une musique de haut vol jouée par des personnalités d’exception : autrement dit un régal pour mélomanes, toutes chapelles confondues !

Xavier Prévost

 

Le trio est en concert, le 14 mai à Paris au Jass Club & le 16 mai à Blanzaguet-Saint Cybard (Charente) au Jazz Club Blue Perry

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=27n9Lz542xc

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14 mai 2026 4 14 /05 /mai /2026 05:55
OSCARPICUS                                           Cirque de Passage

OSCARPICUS Cirque de Passage

 

Alice Martinez: chant et compositions Ezequiel Celada: saxophones & clarinette Sylvain Avazeri: trompette & trombone Gabriel Manzaneque: guitare Olivier Lalauze: contrebasse Léo Achard: batterie

 

Label La Clique  la Clique / InOuïe Distribution.

Sortie de l’album le 15 mai

 

Le premier album de l’Oscarpicus ‣ Studio Escobette

 

 

Oscarpicus est un sextet né de la rencontre de musiciens chanteurs de la scène jazz traditionnelle. Formés au Conservatoire d'Aix-en-Provence, de Marseille et à l'IMFP de Salon-de-Provence, ils ont partagét plus de douze années au sein du Shoeshiners Band où ils ont acquis sens du rythme et esprit collectif, une joyeuse interaction que l’on perçoit immédiatement.

Si leur musique est héritée d’une tradition de jazz, de l’era swing au bop, elle se colore subtilement des parcours et influences de chacun. Au coeur d’une création originale, les textes plutôt insolites sont aussi précieux que les mélodies élaborées : chaque composition est prétexte à une chanson, petite histoire qui s’intègre dans le narratif de cet album conceptuel.

Le propos dans ce premier opus du groupe tourne autour d’un cirque de passage qui dresse son chapiteau dans une arène, scène parfaite pour ce 
retour à l’enfance. Perché quelque part entre les branches, un oiseau imaginaire à tête de bois observe cette drôle de ménagerie, passant en revue le personnel, du lion remplaçant aux enfants des coulisses, de l’acrobate au coeur et à la vie suspendues jusqu’à l’homme canon qui a trop fait ripaille et a peur de rester coincé dans le fût du canon... C’est le pivert qui anime ces fabulettes marrantes et bien rythmées, dans ces huit compositions co-signées d’ Ezéquiel Celada, Gabriel Manzaneque, Olivier Lalauz, mises en paroles par la voix fraîche et bien placée d’Alice Martinez, à la scansion précise et gourmande. A la fois conteuse et comédienne, elle a écouté Boris Vian et a su en faire son miel. Et l’on est heureusement surpris de voir combien le français tire son épingle du jeu dans cette interprétation ludique et sensible, adaptant cet esprit potache, onirique et parfois dramatique dans des paroles soulignées d'un accompagnement toujours approprié. Chacun y est allé de sa petite touche créative, humoristique voire métaphorique dans « Le roi des lapsus », « le P’tit Remplaçant », « Cœur suspendu ». Les soufflants font entendre leur bonne humeur cuivrée, endiablée et loufoque dans l’esprit des orchestres de la grande époque, leur modèle navigant entre Chick Webb, Jimmy Lunceford et même un Duke Ellington avec une trompette bouchée vaguement exotique et orientale dans « Le problème de Bernie ». Quelques accents de charleston décalé (« Papy Grognon »), une clarinette qui flirte avec le Dixieland et un trombone coulissant d’aise animent ces petits bibelots sonores .Tout n’est pas qu’allégresse cependant dans ce parcours de vies circassiennes comme le soulignent ces ballades fragiles, mélancoliques où un saxophone sensuel accompagne la voix de funambule dans « Mon Eurydice » ou «Ta vie bien rangée », finale de cet album attachant aux mélodies tendres, entraînantes.

N’oublions pas la rythmique essentielle à l’assise au groupe où guitare, contrebasse et batterie empruntent parfois des couleurs manouches « Cœur suspendu », des walking, un style « Le p'tit remplaçant ».

C'est ainsi que cette musique savoureuse  file allègrement et s’écoute d’un trait. On est même un peu chagrin que cela s’arrête, c’est dire le plaisir procuré par ce sextet qui sonne comme un big band et que l’on aimerait découvrir sur scène. Programmateurs, n’attendez plus pour choisir ce spectacle nostalgique et fantaisiste.

 

Sophie Chambon

OSCARPICUS                                           Cirque de Passage
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